Alors ?
Alors, il faut bien avancer et faire un choix.
Et choisir, c’est difficile, même pour les adultes. Parce qu’on a peur de se tromper, parce qu’on pense que c’est définitif. Il y a dans le choix une part de risque à accepter et un droit à l’erreur à tolérer. C’est impossible d’être complètement sûr avant d’essayer. Aucun test ne remplacera jamais le vécu comme les sondages ont du mal à refléter le vote.
Bien sûr, il y a de plus en plus d’outils (les salons, Internet, les forums lycées) qui permettent de vérifier ses intuitions auprès des professionnels. Seulement on se heurte, là, au paradoxe de l’adolescent qui a besoin d’aide mais ne veut pas être aidé par les adultes, qui sait bien qu’il doit faire des choix mais (“ça me gave”) ne supporte pas qu’on le lui rappelle. Gardons à l’esprit que c’est probablement lui le plus inquiet, quelque soit son comportement et que nous, adultes, devons pouvoir trouver comment l’aider.
Et si nous avions un projet pour notre enfant ?
Et pour commencer, il est peut-être intéressant de s’interroger sur ses propres motivations et éventuelles projections, accepter que la crise actuelle n’est pas celle de nos enfants et que nos anxiétés peuvent porter sur des questions déjà obsolètes, reconnaître que les métiers de demain n’existent pas encore forcément tous et que c’est eux qui vont les inventer, prendre en compte s’il y a lieu la différence de point de vue entre ce que nous pensons être le mieux pour eux et ce qu’ils en pensent eux-mêmes.
Faisons-leur confiance !
J’en arrive là, bien que la salle ait manifesté son agacement face à ce slogan souvent rabâché par les professionnels de l’orientation. J’ajouterais aussi : faisons-nous confiance. Nous devons exprimer à nos enfants ce que nous pensons et bien sûr les protéger,mais également être présents lorsqu’ils demandent un conseil, encourager, et non toujours critiquer, leurs différents investissements. Une fois ce cadre posé, nous pouvons leur faire confiance. C’est eux, pas nous, qui devront par la suite faire la preuve de leurs motivations lors des différents entretiens qu’ils auront à mener pour intégrer des établissements puis des postes. Xavier Pommereau, psychiatre à Bordeaux, nous engageait lors d’une conférence sur l’orientation à “les laisser partir camper entre eux”.
Parlons-en et mettons du sens !
Je trouve nécessaire d’exprimer clairement ce que nous pensons. J’ai rencontré des enfants qui savaient ce qu’ils voulaient mais n’osaient pas le dire en famille parce qu’ils se faisaient une fausse idée de ce que pourraient en penser leurs parents ou qu’ils culpabilisaient de ne pas être à la hauteur de ce qu’ils pensaient être les attentes de leurs parents. Parlons de l’orientation, des métiers, de notre travail, écoutons-nous, échangeons nos idées autour d’une table, d’un bon repas, d’un moment de détente dans le jardin, d’une journée de vacances. Pas devant la télé, ni pendant les devoirs, ni dans les moments d’énervement.
Plus nous en parlerons tôt et plus nous dédramatiserons les choix à faire, en les autorisant à rêver petits (“je voudrais être ingénieur du son à Venise” m’a dit mon fils à 9 ans), à changer d’avis (“j’ai envie d’être historien spécialisé dans l’histoire médiévale” est sa dernière intention à 13 ans). L’essentiel est de pouvoir se projeter pour donner du sens à des études pas très drôles en soi, avouons-le, sauf pour les rares qui sont avides d’apprendre. Quel est l’intérêt de faire des maths, du Français, de l’Anglais ? A quoi ça sert ? “Et à toi, ça t’a servi à quoi pour ton métier ?” Aïe ! Rien de ce que nous trouvons à répondre à ces questions ne peut les convaincre de travailler : la bonne motivation est celle qui vient de nous-mêmes et elle doit comporter une part de plaisir. Laissons-les rêver et intéressons-nous à leurs rêves ! Ca ne garantit sans doute pas à 100% de bons résultats scolaires mais je suis sûre que ça aide.
Tournons autour du rêve
Bien évidemment, le rêve n’est pas toujours réalisable, quoique… Mais si c’est effectivement le cas, alors cherchons ensemble autour du rêve.
- “Nous n’avons pas trouvé de stage chez un photographe pour mon enfant de 3ème “, a témoigné une maman.
Pourquoi parle-t-il de photo ? Qu’est-ce qui l’intéresse dans ce projet ? N’y a-t-il pas des métiers proches ? ou d’autres professionnels que les photographes qui utilisent la photo ? Autant de questions qui permettent d’ouvrir de nouvelles perspectives. C’est également le cas des jeunes sportifs qui ne pourront pas devenir pros. Ils ne sont pas obligés de renoncer à leur passion. Il y a des tas de voies possibles pour travailler en lien avec le milieu du sport.
Et pour finir, revenons à l’origine du mot “orientation”. Que signifie “s’orienter” ? “être désorienté” ?
Trouver son chemin, choisir une route à un carrefour, prendre un guide, préparer son voyage à l’avance, explorer, accepter de rebrousser chemin, perdre du temps mais repartir plus riche.