- Les résultats de Camille en seconde ont amené le conseil de classe à lui proposer une orientation en 1ère STG. Camille ne réussissait pas particulièrement dans les matières suivantes : histoire-géo, économie, SVT, physique-chimie. Ces matières ne l’intéressaient pas et les TP de physique-chimie la remplissaient d’inquiétude. Camille a redoublé sa seconde pour tenter malgré tout un bac S ou ES mais elle n’a pas mieux réussi que l’année précédente. Elles est finalement passée en 1ère STG et réussit dans cette voie.
- Bastien redouble sa seconde pour tenter le bac ES : ses résultats cette année ne se sont pas du tout améliorés, sa motivation pour les apprentissages s’est encore dégradée, il est totalement désinvesti. Suite à un bilan d’orientation, il choisit d’intégrer l’an prochain une seconde (la troisième) professionnelle cette fois, pour apprendre un métier qui l’intéresse.
Deux hirondelles ne font pas le printemps mais Camille et Bastien ne sont pas les seuls dans ce cas. Que faut-il en penser ?
Si l’idée qu’un élève réussit plus sûrement lorsqu’il trouve un intérêt à ce qu’il fait est acceptable, alors n’est-il pas vain de penser le faire redoubler sans se poser la question essentielle de cet intérêt ? L’intérêt au travail et la réussite relèvent aussi du plaisir qu’on y trouve. Sous couvert des arguments classiques (maturité insuffisante, voie S royale, manque de travail), ne chercherions-nous pas plutôt un subterfuge à très court terme pour résoudre un problème sans en traiter le fond ? N’est-ce pas l’illusion que tout va s’arranger tout seul ?
Or, qu’est-ce qui pourrait bien faire que mon enfant travaille plus et mieux l’an prochain sur un programme identique ? Par quel miracle y parviendrait-t-il ? Quelle est ma propre motivation ? Est-il prêt à y adhérer ? Que va-t-il se passer pour lui sinon ? Et s’il semble consentir au redoublement, quelle est sa vraie motivation : éviter les ennuis, éviter une réflexion difficile sur son avenir, éviter des débats familiaux qu’il redoute et dont il est malheureux d’être la cause ?
Redoubler, est-ce vraiment une chance ?
J’ai beaucoup de mal à entendre parler du redoublement comme d’une chance accordée à l’enfant. Dans la plupart des cas, c’est surtout un échec, il faut appeler un chat un chat. Un redoublant est implicitement stigmatisé comme un mauvais élève et est forcément touché dans l’image qu’il a de lui-même. Il est également fragilisé par l’écart qui se crée inévitablement avec son groupe de copains. Toute tentative pour positiver son redoublement a de grandes chances de renforcer encore son sentiment d’échec. Au contraire, il est important de constater cet échec, de ne pas le nier, et de ne surtout pas l’imputer à la personne de façon inconditionnelle.
Camille et Bastien ont été en échec dans des conditions d’apprentissage particulières.
Et si nous changions les conditions pour offrir des chances de changer les résultats ?
Comme l’explique Jeanne Siaud-Facchin, ”un redoublement ne peut avoir de sens que lorsque l’enfant n’a pu s’approprier les connaissances de son niveau de classe en raison de causes extérieures : problème de santé, difficultés familiales ponctuelles, trouble psychologique…”*
Mais dans ce cas, il s’agit plus d’un rattrapage d’études que d’un redoublement.
* L’enfant surdoué, Ed. Odile jacob
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